Sur le plan stratégique, la division en états politiques des territoires et des peuples liés par le sang, l’histoire, la culture et la géographie ; fût le facteur clé du succès de la colonisation en Afrique du 18ème au 20ème siècle. Le retour au naturel, l’abolition de ces frontières conjoncturelles héritées de la colonisation constitue le tendon d’Achille des dirigeants actuels. Conscients de leur mission au service des autorités néo coloniales, garantes de leur survie politique et biologique, ils n’œuvrent jamais dans ce sens. La peur de la rupture des équilibres instables et les changements inévitables que cela induirait à terme ; est constitutif de la culture des dirigeants politiques des pays au sud de la méditerranée, dépendants des directives de leurs protecteurs européens.

De manière générale, dans la culture des élites politiques dirigeantes en Afrique, Le mot « changement » suscite, méfiance, résistance et rejet. Ces dirigeants sont pourtant supposés être les champions du rapprochement, de la réunification et du renouveau, africains.

Par accoutumance au pouvoir, par peur de la reddition des comptes et sous pression de l’état colonial, essentiellement l’état français, la culture du dirigeant politique africain a vu son génome trafiqué de sorte à répondre aux exigences de la phase dite post coloniale.

L’objectif étant de maintenir la main mise sur les richesses de l’Afrique par l’entremise d’une minorité d’africains. Tout en jouant sur son égo et ses faiblesses, on fait croire à cette élite, éducation occidentale à l’appui, qu’elle est moderne, civilisée et différente car plus proche de l’occident, alors qu’en réalité, c’est une élite sans mémoire, corrompue, déshumanisée et hautement servile. La fâcheuse tendance à se blanchir la peau chez certains représentants de cette élite africaine, est une des manifestations de cette manipulation cosméto-génétique hautement dégradante.

Par conséquent l’africain, et bien malgré lui, a hérité d’une programmation collective frappée de dysfonctionnements basés sur l’auto-division, le mépris de soi et sur le postulat de son incapacité structurelle au travail, au développement et à la participation active dans l’histoire de l’humanité. Alors que dans les faits et selon le prisme occidental qui cherche le maintien de son hégémonie des trois derniers siècles ; après les chaines en fer, l’africain n’a d’autres droits que ceux des chaines de la dette et de l’appauvrissement.

Depuis les accords de Bretton woods en 1944, les états coloniaux se cachent derrière des masques de sauveurs et de bienfaiteurs en instrumentalisant la banque mondiale (BM), le fonds monétaire international (FMI) et l’organisation de la coopération et du développement économique (OCDE). Ces mêmes états et leurs outils précités, sont entre autres prédateurs et voleurs des richesses de l’Afrique, les acteurs de cette extraordinaire performance post esclavagiste visant à marginaliser l’Homme africain. Performance facilitée par des laquets locaux aux fins souvent tragiques.

Les hérésies occidentales au sujet de l’Homme africain, entretenues par des médias néocoloniaux locaux et des politiques étrangers, sont à la source de comportements et d’attitudes autophages, chez un nombre critique de dirigeants africains. Ces attributs comportementaux sont particulièrement amplifiés en phase de transition à l’ère du numérique. Phase où les référentiels sont en mouvement et où il est difficile de regarder sa face sans se la voiler, tellement les mensonges admis comme vérité sont gros et tellement sont scandaleux les complots ourdis contre l’Afrique, avec la complicité de ses propres enfants.

En revenant aux leaders suprêmes, rien que pour cette dernière décennie les exemples foisonnent de ces fameux dirigeants africains qui apprécient tellement le mot « changement », qu’ils ne cèdent leur siège que lorsque la mort de cause naturelle les en sépare, ou suite à un putsch militaire et plus récemment suite à des soulèvements populaires.

L’exemple cette année en Algérie voisine, l’un des pays les plus riches d’Afrique, que ce soit sur le plan matériel ou humain ; où un président au crépuscule de sa vie, positionne sa famille et son frère cadet, refuse le changement souhaité par son peuple et se présente aux simulacres d’élections pour la cinquième fois. Un exemple éloquent du problème. Les conséquences sont aussi éloquentes !

Dernier en date, celui de la Tunisie, un des pays les plus développé d’Afrique, selon les standards coloniaux. Son dernier président a commencé sa carrière comme fonctionnaire français en 1948 avant de s’éteindre président, anti printemps arabe, à plus de 93 ans en 2019, après plus de 71 ans de bons et loyaux services. Mais au service de qui ? Quand plus de 70% des tunisiens sont âgés de moins de 35 ans, on est en droit de se demander comment se fait-il, par qui et pourquoi, ce vieux monsieur grabataire, était là, à ce poste ?

Par avidité des élites locales qui s’appuient sur la fausse « théorie du ruissèlement économique », et par faux calculs des architectes étrangers de la dépendance ; la médiocrité, la stabilité dans l’incompétence et le non sens, sont âprement défendus, jusqu’au pourrissement.

La conséquence est que le gouffre de méfiance qui se crée entre gouvernants et gouvernés en Afrique, est abyssal ! il en va de même dans toutes les entreprises de ces pays, avec une prononciation plus aigue dans le secteur public. Les changements sont alors plus longs, plus difficiles, voir funestes. C’est une des conséquences du principe de la division.

Ce principe qui s’applique également aux concepts, interdisant de fait, l’explication de ce qui se passe au niveau micro par ce qui se passe au niveau macro. Il interdit également l’explication des faits d’aujourd’hui par ce qui s’est passé hier et encore moins les faits de demain par ceux d’aujourd’hui. Cela ferait supporter des pressions insoutenables aux vrais responsables de la situation.

Bref, une véritable aliénation forcée où des humains, souvent médiocres, sont élevés au rang des divinités, où la mort des démunis par les maladies est programmée, où l’amnésie collective est forcée à coup d’interventionnisme médiatique, culturel, et même militaro-terroriste, comme en Libye, au Mali, en Côte d’Ivoire, au Gabon, en Centrafrique, au Niger, au Burkina Faso, en RDC…

Bien évidemment, il est inconcevable de voir de telles inepties en Europe. Bien évidemment. Il ne s’agit pas là de pauvres africains, dont les pays sont parmi les plus riches de la planète.

Mais quel est le rapport entre la politique et le Change Management, me direz vous ? En fait il y a deux rapports :

1-   L’état d’esprit des parrains du changement. Qu’on les appelle Président, Actionnaire, Administrateur, DG ou Manager, ce sont des serviteurs, des valets de ces politiciens indescriptibles cités plus haut. C’est la condition sine qua none pour l’accès à ce genre de poste en Afrique !

2-   Un problème doit d’abord être identifié et correctement posé si on souhaite lui trouver un jour, sa solution. Point de changement au niveau des organisations et des individus en Afrique, s’il n’y a pas de changement politique et c’est définitif. Les algériens, les libyens, les tunisiens, les soudanais l’ont compris et œuvrent pour la solution, emboitant le pas aux ghanéens, aux éthiopiens, aux rwandais, aux togolais. D’autres sont en passe de le comprendre et de passer à l’action.

Les chefs en Afrique, les sponsors de changement sont hypnotisés, gelés dans l’immobilisme et manquent cruellement de volonté propre. Ils n’ont rien des indispensables leaders visionnaires et humanistes qui distillent, inspirent et donnent le sens et la confiance pour un vrai changement d’état d’esprit qui reste le préalable à un vrai changement !! En Côte d’Ivoire, cela à un nom, ils appellent ironiquement cela « le contexte » : C’est un des opposés de l’intégrité, plus vulgairement connu sous le nom de « corruption ». La pression à la sale conformité est à son apogée et c’est totalement gangréné.

Les nouvelles générations qui arrivent pourront elles lever la malédiction ? tout porte à croire que oui. A commencer par cet article. Car encore une fois, tant qu’il sera mal posé, le problème de l’Afrique restera entier et seul un fou peut attendre des résultats différents en reprenant les mêmes erreurs. Il se trouve que les moyens de communication évoluent, les consciences s’ouvrent et la peur change de camp doucement, doucement mais sûrement.

Autrement si les amazighes et les arabes sont arrivés à Poitiers, il faudra pas s’étonner de voir les mossis, akans, haoussa, peul et amazighes encore, aux alentours de Stockholm.

Ce ne sera que justice.

A Mardi prochain et très bonne reprise à toutes et à tous.